Fake
News : Arrêtes de te faire piéger!!!
(partie 1)
Pourquoi
crois-tu aux ‘’fake news’’
et comment les identifier ?
Imagines
un instant, un soir, alors même que ta mère s’inquiète de ne pas
encore te voir rentré, un message arrive sur son téléphone.
‘’Atansyon gwo tire sou wout 9, yon jèn 26 an k ap sot lekòl
mouri’’. Problème; tu as 26 ans, tu reviens de l’école, tu
devais passer par la route 9 et ta mère est cardiaque. Le message
qu’elle a reçu était heureusement faux mais a eu le temps de
créer un vent de panique dans un pays au climat sécuritaire déjà
faible. Une quinzaine de minutes plus tard, tu arrives chez toi…et
ta mère est là, étendue sur le sol…
Temps
de lecture : 7 mns.
As-tu
déjà fait face à une ‘’fake
news’’ ? Tirs nourris au
centre-ville? Cheveux dans la bible ? 100 Go d’internet à recevoir
gratuitement? Tu en as certainement fait l’expérience. Certains
sont amusants, ou grotesques, mais d’autres sont tout bonnement
malveillants, dangereux et ont des conséquences néfastes. Nous
devons les combattre.
Fatigué
de te faire piéger? Cet article t’y aidera. Elle t’aidera à
comprendre pourquoi tu crois aux ‘’fake
news’’ et comment les identifier.
Il sera donc décliné en deux parties. La première partie traitera
du pourquoi et la seconde, du comment. Je le sais, tu es sûrement
très intelligent et peut être que tu n’es jamais tombé dans le
panneau d’une fausse information. Cependant, penses aux gens les
plus vulnérables que toi, les gens les moins instruits ou encore ton
adorable mamie que tu aimes tant. Si tu ne te sens pas concerné,
passes gentiment ton chemin et retournes à tes occupations et à ta
journée chargée. Si le sujet t’interpelle, accordes-toi ces 7
minutes pour le parcourir et partages le lien avec tes proches. Je
te souhaite déjà une bonne lecture.
Partie
1
"Il est plus facile de tromper les gens
que de les convaincre qu'ils ont été dupés"
Mark Twain
Avec l'augmentation des cas de coronavirus, de
nombreux soi-disant messages d'information circulent sur les
applications de messagerie. Ce sont toujours des conseils qui
viennent d'un médecin, d'une amie qui a travaillé dans un hôpital
auprès de patients atteints de Covid-19 ou encore, de chercheurs
issus des groupes de travail sur les remèdes au nouveau coronavirus.
Mais la plupart du temps, ces messages, transmis massivement sur
WhatsApp sont truffés de fausses informations. On les retrouve aussi
massivement partagés sur Facebook ou Twitter, souvent copiés-collés
et partagés des centaines de fois. Pourtant, ils sont bourrés de
sottises, faciles à faire taire avec quelques recherches. Alors
pourquoi sont-ils tant partagés ? et pourquoi certains y
croient ?
Comment nous prennent-ils au piège ?
L’économie comportementale nous propose diverses réponses. Comme décrit par le psychologue Daniel
Kahneman (lauréat du prix Nobel en économie en 2002), la
tendance humaine est d'utiliser par défaut un mode de pensée
intuitif, rapide et automatique, et de ne recourir à une pensée
analytique que dans les cas où la pensée intuitive s'avère
insuffisante. L’exemple le plus
évident : la plupart des gens ne finiront pas de lire cet
article. Ce fonctionnement permet
d'économiser temps et énergie dans le quotidien, mais rend plus
susceptible de tirer des conclusions inexactes, par exemple en
choisissant de croire à de fausses nouvelles.
1-L’argument d'autorité et la preuve
sociale.
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Image 1 |
D
ans
son best-seller Persuasion,
Robert Cialdini nous présente ces 2 principes accompagnés de 4
autres (la réciprocité, la rareté, l’appréciation, la
cohérence) qui sont des outils destinés à influencer l’être
humain. La plupart des fausses nouvelles utilise un argument
d'autorité comme celui de l'image 1 (Unicef): Sur les
messages reçus sur le COVID-19, tous ont une source différente mais
présentée comme fiable (et souvent proche de l'expéditeur... mais
quel expéditeur ?) : "Le
Dr xxx- nomcompliqué-xxx a donné une conférence ... "
"Message d'un Etudiant en agronomie que je connais
(...)""Information d'un chercheur collaborant avec
l’Université xxx-granderenommée-xxx (...)" Si
le début du texte change à chaque fois, on retrouve des formules
quasi-identiques pour jouer ce tour au cerveau : Si une autorité
compétente le dit, alors c’est sûrement vrai.
De même, la preuve sociale joue un rôle
important. Plus les gens partagent un message, plus on pense que
c’est vrai. Ceci est d’autant plus important si les personnes en
question sont nos proches. Durant la vague de kidnapping qui a
secoué le pays, un message circulait stipulant que le très connu
économiste Etzer Emile avait été kidnappé. Beaucoup sont ceux qui
ont posté l’image juste parce qu’ils ont vu un de leurs proches
faire de même, en supposant simplement, que si mon ami le met sur
son statut, cela est probablement vrai. Néanmoins, ce n'est pas
parce que la majorité croit en quelque chose que c'est vrai.
2- Le biais de confirmation
Le biais de confirmation fait référence
à la préférence accordée aux informations qui confirment nos
croyances. Nous sommes plus susceptibles de croire aux fausses
nouvelles si nous sommes d'accord avec ce qui est dit et, à
l'inverse, plus sceptiques envers les nouvelles contraires à
celles-ci. Un exemple parlant est une vidéo massivement partagés au
lendemain d’un message à la nation du président Russe. La vidéo,
où Poutine parle Russe (langue inconnue de la plupart des gens)
contient des sous-titres espagnol (troisième langue la plus parlée
dans le monde) et est accompagné d’un texte en français où il
semble accuser les puissants de ce monde de l’Amérique et l’Europe
de vouloir réduire la population par le Coronavirus. Bien que
hautement improbable (pourquoi la Russie, une des puissances de ce
monde serait contre une décision pareille jusqu’à la dénoncer
publiquement ?) la fausse information a été grandement partagé et
a alimenté de nombreux débats. Poutine ne parlait aucunement de réduction de population dans sa vidéo. La théorie
conspirationniste de la réduction de la population étant déjà
établie depuis de nombreuses décennies, il a donc été facile de
la relayer car elle confirme la croyance de beaucoup.
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3-Biais du raccourci et biais de disponibilité
Évaluer la crédibilité d'une source de
nouvelles consiste notamment à évaluer les sources des allégations,
à rechercher des preuves (plutôt que des opinions, des anecdotes ou
des croyances), à chercher des confirmations dans d'autres médias
et à évaluer les références de l'auteur, de l'éditeur et/ou du
site Web.
Si un sujet n'est pas important pour une perso nne,
elle est moins susceptible de consacrer du temps et des efforts à
faire cette évaluation, ce qui la rendra plus susceptible de croire
des fausses nouvelles sur ce sujet.
Même si un sujet est important pour une personne
et qu'elle a la capacité d'évaluer la crédibilité, l'abondance
d'informations et le manque de temps peuvent la rendre vulnérable.
Elle se fie donc aux informations immédiatement disponibles.
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Image 2 |
Figure
2
Nous faisons donc rapidement défiler les
fils d'actualités ou les résultats de recherche. Afin d'attirer le
clic dans ce contexte, les titres sont souvent biaisés afin d'être
sensationnalistes. Le lecteur pressé qui ne lit que les titres,
pourra croire ces informations biaisées. D’ailleurs, très souvent
les fausses nouvelles sont noyés sous des amas de vérité afin de
les rendre plus plausibles. Dans l'image 2, le lien de partage d’un
article du Nouvelliste a tout bonnement été modifier pour y inclure
de fausses informations. En effet beaucoup de gens l’ont rapidement
partagé, sans (bien évidemment) se donner la peine d’en lire le
contenu pour découvrir que l’article est en réalité bien
différent de ce que le lien de partage disait.
4-Les émotions ciblées
Une caractéristique de la désinformation est
souvent de faire appel aux émotions telles que la peur ou la colère
ou encore le rire plutôt qu'à la logique, ce qui favorise un
traitement intuitif de l'information plutôt que le raisonnement
critique et réfléchi. Comme l’a montré Ryan Holiday dans Trust
me i am lying, si un sujet nous dérange
ou nous fait peur, nous sommes plus enclin à rapidement le partager
sans en vérifier la source. C’est une technique souvent appliqué
dans la presse à scandale ou par les stars eux-mêmes et même les
grandes marques. Supposons qu’un message nous annonce qu’il y a
des tirs nourris au carrefour de la Renaissance. On aura tendance à
rapidement partager ce message en se disant que, si c’est vrai on
vient d’aider de nombreuses personnes, si c’est faux on a
certainement fait aucun mal.
La tendance à croire aux fausses informations ne
fait pas de nous des imbéciles. C’est plutôt la preuve que les
individus ne sont effectivement pas rationnels. Les biais cognitifs
auxquels nous sommes sujets, ne sont pas toujours là pour nous
rendre plus faible. Ils sont utilisés de diverses manières, pour
nous rendre meilleur ou nous aider à prendre de meilleures
décisions. Richard Thaler (prix Nobel d’économie 2017) à montrer
dans Nudge
par exemple comment ces bizarreries et ces incohérences peuvent être
utilisées pour avoir de meilleures politiques publiques. Il est
cependant impératif de combattre la propagation des fausses
nouvelles et des effets néfastes qu’ils peuvent causer. La
première partie de cet article ne fait que nous mettre sur la bonne
voie du combat. En comprenant d’où nous viens la tendance à
croire, on réfléchira donc à deux fois la prochaine fois qu’un
message nous dira que Giant Market nous offre un coupon gratuit de
5000 gourdes.
Pour en finir, l’heure est venue de vous avouer
que j’ai triché (juste un peu). La citation du début n’est pas
de Samuel Langhorne Clemens dont le nom de plume est Mark Twain. Il
lui est effectivement attribué, et en tapant sur internet, nombreux
sont les sites internet qui lui en attribuent la paternité sans
(bien sûr) en citer la source. Ne vous inquiétez pas, je vous
laisse avec un extrait qui cette fois vient effectivement du célèbre
auteur de l’excellent roman ‘’Les
aventures de Tom Sawyer’’.
« … Comme il est facile de faire croire aux
gens un mensonge et combien il est difficile de défaire ce travail à
nouveau! » - Dictée autobiographique,
2 décembre 1906. Publié dans Autobiography of Mark Twain, Volume 2
(University of California Press, 2013)
Auteur :
Patrice Kanndèl Edouard.
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